mardi, 04 décembre 2007
l'affectivité, les dépendances et les infidélités
Patrick Bruzzone, fondateur de l’association MIR, accompagné d’ Alexi, bénévole, et Véronique Francou Faure, psychologue et psychothérapeute, étaient les invités de l’émission « Ce soir chez vous : au coin du feu » en direct sur Radio Maria (95.40 FM) ce 20 novembre 2007 animée par mes soins (en fin de page des liens vers les sites référencés).
La matière abordée évoquait « l’affectivité, les dépendances et les infidélités ».
Chacun a pu partager sa riche expérience et faire profiter les auditeurs de ses compétences respectives sur un sujet existentiel et essentiel de notre vie dont je vous propose ici un modeste condensé.
Nul n’est besoin d’évoquer nécessairement et exclusivement la dépendance alcoolique ou toxicologique. Mme Francou Faure insiste sur le fait que nous sommes tous « accros » à quelque chose, que nous vénérons tous de faux dieux, que nous avons tous des blessures d’enfance, des manques affectifs, que nous héritons tous d’une histoire familiale qui nous plongent, un jour ou l’autre, dans un état de quête d’absolu, d’idéal, d’amour exclusif dont la recherche, vouée à l’échec, nous conduit à combler ces manques de diverses manières plus ou moins avouées. Et qu’il nous faut admettre qu’une guérison peut n’être jamais complète, encore moins parfaite, et qu’elle en appelle toujours une autre.
Derrière nos apparences politiquement correctes, ajoute le Père Bruzzone, (nous sommes des gens "bien", n’est-ce pas ?), derrière nos masques « cache misère » (expression de Véronique Francou Faure), se cache toujours un être blessé, névrosé qui juge souvent les autres pour ne pas avoir à se regarder en face, pour fuir le miroir que l’autre me tend par son attitude. Par ailleurs, il est facile de parler de la souffrance lorsqu’on est tranquillement installé dans son fauteuil et de juger l’autre. Il en est tout autrement lorsqu’on y est confronté, lorsque l’autre crie au secours parce qu’il est en train d’en crever.
La dépendance est une fuite, elle est une compensation de notre frustration, elle est la conséquence de notre recherche d’un plaisir immédiat, de la satisfaction immédiate d’un désir, comme le souligne Véronique Francou Faure. Et Patrick Bruzzone d’affirmer que la dépendance est une conséquence. Que ce n’est pas la faute du « malade ». Et qu’elle est en même temps la porte ouverte vers l’acceptation de notre propre histoire. Car nous avons tous à entrer dans cette histoire et accepter la dureté de la vie. Le refus de cette histoire conduit à la fuite et à la dépendance quelque elle soit.
Il faut donc écarter toute idée de culpabilité, ne pas juger ni culpabiliser l’être blessé que nous avons en face de nous lorsqu’il se drogue, lorsqu’il boit, lorsqu il est infidèle, lorsqu’il passe son temps au travail en délaissant sa vie de famille pour, soit disant, ramener de l’argent à la maison, lorsqu‘il dépense son argent au jeu etc… Il faut, au contraire, entrer avec lui dans une véritable relation d’amour - c’est à dire de rester proche, de l’accepter tel qu’il est (sans cautionner bien évidemment) - à reconnaître que s’il en est là, c’est parcequ’il y a une cause sur laquelle un jour il va devoir travailler s’il veut s’en sortir et, surtout, souligne Mme Francou Faure, admettre que si la drogue procure un plaisir immédiat, la guérison, elle, est une affaire de temps et d’étapes. Il faut donc prendre patience. Mme Francou Faure invite en outre à ne pas dramatiser et à rester lucides : nous ne naissons pas libres, dit-t-elle. Mais nous vivons pour nous libérer. C’est une question de cheminement (long parfois), de descente dans nos obscurités pour y apporter la lumière (la vérité sur nous-mêmes, ajoute le Père Bruzzone). Ainsi, l’affectivité blessée peut-t-elle devenir un moteur de vie et un tremplin plutôt qu’un gouffre.

Cette démarche de guérison est une question de volonté. Mais Véronique Francou Faure nous explique qu’elle est compliquée par le fait de l’intérêt (plus ou moins conscient), du bénéfice que nous tirons à demeurer dans une dépendance. Ce que l’on appelle les « bénéfices secondaires ». Elle est compliquée également par la peur que nous avons à aller vers cet être nouveau, le nouveau moi (l’homme nouveau dirait Saint Paul) que nous ne connaissons pas encore. C’est terrifiant. Il faut alors qu’il y ait un déclic, à un moment donné, déclic dont le mécanisme demeure inconnu. En effet, précise Patrick Bruzzone, certains cas paraissent désespérés. On est parfois sur le point d’abandonner. Surtout lorsqu’il y a eu plus plusieurs tentatives avec tout autant de rechutes. Et puis d’un coup tout bascule (dans le bon sens) sans que l‘on ne sache pourquoi. C’est le déclic.
C’est à ceci que se jauge l’amour : à cette capacité à espérer encore et toujours, à demeurer fidèle à l’autre, à ne jamais baisser les bras, malgré les apparences. Et c’est bien cet amour qui sauve, comparable à l‘amour du Christ qui va jusqu‘à mourir sur une croix pour nous sauver. « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » citent les évangélistes. Rien d’autre.

Alors ce n’est pas facile, conviennent les invités. D’autant plus que les liens affectifs qui se tissent entre proches (parents - enfants, époux…) interagissent, faussent quelque peu les données, empêchent d’être objectif et risquent même de créer des conflits encore plus graves par le jeu de manipulations inconscientes. C’est pour cette raison que l’accompagnement de personnes dépendantes ou infidèles ne peut se faire sans le concours de professionnel ou d’accompagnants dûment formés ayant déjà travaillé sur eux-mêmes et n’ayant pas d’histoire affective commune avec la personne à accompagner.
Mais la guérison, en tous cas la mise en mouvement de celle-ci, peut parfois simplement venir, pour ainsi dire, de la modeste rencontre avec le boucher du coin, précise Alexi. Un ami, ou une « quelconque » personne peut alors devenir spontanément un « mentor » inattendu. Y compris pour nous (accompagnants); l’autre, précise-t-il, est très important dans la démarche de notre propre guérison. Il nous provoque inconsciemment, il nous oblige à nous remettre en cause en permanence, il nous pousse derrière nos retranchements par son comportement brut de coffrage. Avec un blessé de la vie, on ne peut pas mentir, on ne peut pas se cacher. Il a une vision réelle des choses et de la personne. Pas de « blabla » possible, insiste le Père Bruzzone. Et puis il y a la prière, conclue Alexi. Indispensable prière.
Enfin quelles sont les solutions?
Tout le monde s’accorde sur ce point : il n’y en a pas qu’une et, surtout, il n’y a pas de recette miracle ni de « méthode » meilleure que d’autres. Il y a autant de thérapies que de dépendants. Ainsi la thérapie doit-t-elle s’adapter à la personnalité de l’individu.
Pour en citer quelques unes :
Il y a le « boucher du coin », l’ami, le confident, comme on disait.
Il y a les thérapies dites « ambulatoires » c’est-à-dire : psychothérapie et psychanalyse.
Il y a les groupes de prière charismatiques (Emmanuel, Chemin Neuf…), et autres communautés dites "nouvelles" comme la Communauté des Béatitudes qui possède un charisme reconnu de guérison intérieure - avec les agapè thérapies de Château Saint Luc et les fraternités Saint Camille de Lellis -, comme le Chemin Néocatéchuménal, dont les membres témoignent que la catéchèse proposée dans les paroisses où il intervient (catéchèse qui dure 2 mois à peine) à changé leur vie, qu’il y a eu un « avant » et un « après » (interrogez l’évêché de votre diocèse pour les coordonnées).
Il y a, ensuite, dans les cas les plus difficiles, les divers points d’accueil tels que MIR à Sospel ou la ferme de Guy Gilbert dans le Verdon.
Il y a également la communauté si particulière « Cenacolo » (fondée par la religieuse italienne Suor Elvira) qui fait un parcours extraordinaire avec la radicalité de vie proposée à ceux et celles qui acceptent d’y entrer (travail, prière, vie communautaire) et qui en sortent renouvellés. Il n’y a, dans ces communautés (dont une à Lourdes), ni télé, ni radio, ni alcool, ni tabac, ni drogue, ni de contacts avec l’extérieur (le premier mois), encore moins de fuites possibles dans la solitude grâce la présence permanente de « l’ange gardien » (sorte de « grand frère » qui vous accompagne). Confronté à la vie communautaire radicale, au travail et à la prière, la personne ne peut plus fuir sa réalité. Il doit l’affronter en traversant ses enfers. Mais il n’est jamais seul. Il est accompagné de personnes qui passent ou qui sont passées par là avant lui et par l’omniprésence du Christ rédempteur et sauveur à travers une vie de prière et d’adoration sacramentelle intenses. Des vies brisées se sont vues ainsi renouvelées.
Chacune est complémentaire de l’autre et s’adapte au besoin de la personne.
Voilà pour le résumé.
En bref, presque une heure trente d’une émission qui aurait pu durer la nuit entière tellement le sujet traité était vaste, intéressant et instructif.
Paul, animateur
Musiques :
« Abba Père » du groupe protestant « Exo » tiré de l’album « Eclats 2 »
« Trop d’Amour » du groupe « Aquero » tiré de l’album « Entre dans le feu »
« Jubilez » du groupe "Glorious", tiré de l’album « Glorious »
Bibliographie proposée :
« L’évangélisation des profondeurs» de Simone Pacot
« Aïe mes Aïeux » de Anne Ancelin Schützenberger
« Le courage d’avoir peur » du Père Molinié
Photos :
Photo 1 : (de gauche à droite) Alexi, Patrick Bruzzone, Véronique Francou Faure, Paul (votre humble serviteur)
Photo 2 : (de gauche à droite) Alexi, Patrick Bruzzone, Véronique Francou Faure et Jean Claude, coordinateur de Radio Maria France qui se dévoue pour tenir la régie (ceci est un appel au bénévolat pour ceux ou celles qui seraient dispo pour donner un coup de main à la technique)
Note personnelle à posteriori:
Permettez moi de poursuivre un court instant sur le sujet.
Nous avons beaucoup parlé des « victimes » (selon notre sens : les « malades »). Nous n’avons pas, faute de temps, abordé la problématique du point de vue de la souffrance de ceux et celles qui, de plein fouet, subissent ces situations douloureuses, c’est-à-dire de ces « innocentes » victimes qui vivent à côté des « malades » (j’écris volontairement le mot innocent entre guillemets parce qu’il n’y a jamais qu’une innocence relative; ce n’est certes pas politiquement correct mais c’est pourtant bien une réalité dont il faut tenir compte). Nous les avons encouragées à aimer au sens christique du terme, à faire preuve de compassion, à ne pas juger. A entrer dans une démarche de vérité et d’amour, les deux étant inséparables.
Mais nous savons que cela n’est pas facile. Nous en sommes conscients. Nous-mêmes, qui avons parlé près d’une heure et demie durant, n’en sommes pas « naturellement » capables. Nous avons reconnu sans hésitation ni masque nos propres limites et nos propres pauvretés. Mais nous savons qu’aimer ainsi peut être donné, qu'il ne peut qu'être donné et d’autant plus, avec certitude, dans le cadre d’un chemin de conversion. Et que ces situations deviennent ainsi, pour l’accompagnant, pour le conjoint, le parent ou l’ami, de la même manière que pour le « malade », non plus un gouffre ni un sujet de division mais un tremplin pour grandir et mûrir dans le véritable amour, pour s’orienter vers la liberté (celle qui nous libère de nos passions, de nos égoïsmes, du péché), vers la sainteté (à laquelle tout homme est appelé) et, enfin, vers la résurrection promise. Ceci n’est pas la négation d’une souffrance, réelle, mais la « simple » reconnaissance de nos limites dans notre faculté à aimer et du besoin que nous avons sans cesse de la grâce de Dieu pour y parvenir.
Car la première chose, la plus essentielle, c’est l’amour, à la fois source et fin de notre histoire. Il n’y a que l’amour « don de soi », l’amour « oblatif », écrit Benoît XVI dans son encyclique « Deus Caritas Est », qui est capable de vaincre la mal. De ceci nous pouvons témoigner.
20:00 Publié dans Médical, Psycho-spirituel, Société | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : dépendances, affectivité, adictions, infidélités, psychologie, adictologie


